Environnement et Tourisme Vert en Côte d'Ivoire

Le Sud Forestier 

Bushman Café Hotel : un dépaysement unique à Abidjan 
 
La vie est pleine de surprises. Perdu de vue depuis de longues années, nous avons retrouvé par hasard le propriétaire, un ami de très longue date, au gré d'une réunion de travail dans un réceptif assez classieux de Cocody. Visiblement pressé par ses affaires, celui-ci nous invite à le rencontrer plus longuement dans son "lieu" un soir. 
 
Rendez-vous pris, nous nous retrouvons donc devant la muraille de ce qui ressemble à l'une de ces propriétés cossues et excessivement discrètes qui cohabitent dans le quartier, où une petite porte, semblable à celle d'une boîte de nuit, est gardée par un cerbère pointilleux façon "vigipirate". Nous pénétrons dans un jardin très dense plein de grands arbres, avec un curieux décor de statuettes, vasques, objets divers et de toutes sortes de végétaux (orchidées, broméliacées...), éclairé par endroits par des lumignons, bougies et autres lampadaires bizarres... Dès le premier contact on se sent dans un endroit très spécial. On a l'impression de pénétrer dans une sorte de caverne d'Ali Baba. 

Une invraisemblable figure de proue guette votre arriçvée au-dessus du porche. Un pur produit du génie artistique africain !

Le court chemin pavé mène tout droit à une grande porte largement ouverte et on entre dans le vaste bâtiment, accueillis par de charmantes demoiselles qui nous proposent un thé à la menthe (coutume marocaine, plutôt inhabituelle sous ces cieux !).  
Lorsqu'on entre un peu plus loin, on est stupéfié par une décoration très hétéroclite, une sorte de capharnaüm plutôt sympathique où cohabitent dans un apparent désordre de bon aloi (organisé avec un goût certain) de véritables antiquités (notre hôte est amateur et grand connaisseur) et objets "ethniques" que ne renierait pas le quai Branly. En vrac, fauteuils authentiques d'époque Louis XV (ayant appartenu au Président Houphouët Boigny), personnages grandeur nature, figurines béninoises à relent de sorcellerie, masques, bijoux et ornements divers, une multitude de meubles et objets art déco jouxtent des créations plus contemporaines au rez-de-chaussée, dans un vaste couloir qui se termine par un petit salon où trône un piano quart de queue, et dans de grandes salles qui servent de salons pour bavarder, se réunir ou simplement passer le temps. Ce qui est extraordinaire, c'est que ce vaste bâtiment en béton, au demeurant de construction récente, donne l'impression d'un endroit confortable, chaleureux, intemporel. Le sol est en parquet naturel, les murs sont couverts de tapis, broderies, tissus divers, d'affiches, photos et tableaux, et lorsqu'ils sont à nu, ils sont ornés de fresques réalisées par de jeunes artistes locaux. C'est avec une passion et un enthousiasme communicatifs que le maître des lieux retrace l'histoire de chacun de ces objets lorsqu'il fait visiter son repaire. 

Un petit coin calme propice aux échanges et à la réflexion. Notez la fresque et le miroir de style (Louis-Philippe ?)
Différentes idoles, génies et autres icones emblématiques siègent avec bienveillance sous les éclairages du jardin.
Tout le long du grand couloir figurent divers objets, certains anciens, d'autres modernes, qui ne laissent pas indifférent.

Au premier étage se trouvent les quelques chambres. Calme, luxe et - peut-être - volupté (?) y règnent. On y accède par un escalier réservé, ou par l'escalier du fond, dont le mur courbe s'orne d'une immense fresque colorée, et qui débouche au premier sur un petit salon avec un canapé, des tapis et des instrument (koras) qui évoquent l'hospitalité chaleureuse d'une improbable oasis berbère.

Sur le palier du 1er étage, un coin canapé qui n'est pas sans évoquer les "douceurs orientales" ... (vieux fantasmes !)
Au bout du couloir, sous l'escalier, un petit "coin musique" avec un piano, des sièges et une décoration qui mériterait plusieurs pages à elle seule. Notez, derrière le piano, le mur minéral en mémoire de F. Houphouet Boigny, et à droite, les tiges des "philos" qui pendouillent... de très haut !
Autour du piano, regardez bien les murs. Vous y verrez (entre autres) ces magnifiques portes de grenier Dogon. 

En poursuivant l'ascension, on arrive à l'immense terrasse, restaurant bar boutique... à l'ambiance conviviale et chaleureuse, abritée en partie par des toits légers et entourée par la cime des arbres. Le mobilier y est tout aussi hétéroclite, comme la décoration (chandeliers anciens, jets d'eau, qui se mêlent à une importante végétation de palmiers, philodendrons et autres). Le soir, l'atmosphère est faite de lumières colorées changeantes (merci les LED !) et de la fumée des grands barbecues, qui répandent des odeurs appétissantes. Le jeune personnel est nombreux et plus "stylé" que celui qu'on rencontre dans la plupart des établissements d'Abidjan. Il faut dire qu'on est dans du beau monde, la clientèle est très internationale et d'un niveau élevé (les prix constituent un filtre efficace).

Ambiance nocturne dans le bar-restau-boutique de la terrasse : lumières High-tech, déco kitsch et gastronomie "fusion". Rien que du beau linge.

Les boissons et les mets proposés (copieux et bien présentés sur une feuille de bananier) se caractérisent par leur originalité et un mélange de tradition et d'innovation, fusion de la cuisine "ordinaire" et d'ingrédients locaux : par exemple des cocktails à base de bangui (vin de palme local) et de koutoukou (alcool de palme local), de fruits locaux (avec ou sans alcool), ou le poulet cuisiné au beurre de cacao, le tout avec des appellations faites d'onomatopées, mais aussi des choses moins courantes comme la viande de chameau. Le propriétaire pousse le "vice" jusqu'à produire lui-même son chocolat à partir des fèves de ses propres plantations, torréfiées et broyées sur place. Garanti Bio et sans additif ! 

Le "poulet pâpâpâ", un poulet grillé au beurre de cacao, accompagné d'une belle garniture (au choix). Copieux (on a "vécu" à deux dessus), goûteux,  original, rien à voir avec le poulet braisé du coin de la rue !.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce lieu étonnant aux antipodes des hôtels normalisés aux standards internationaux passe-partout ou des soi-disant palaces déshumanisés, sans saveur et sans âme qu'on promeut abusivement à Abidian (on ne les nommera pas, ça leur ferait trop de pub). Un endroit comme le Bushman, vous n'en trouverez nulle part ailleurs. Il vous sort de cette lassante routine de béton, de verre et d'acier, déprimante et  sans imagination, et vous plonge dans un univers plein de fantaisie et de culture, à la personnalité forte et attachante, où les gens venus de partout dans le monde se lient spontanément et oublient un temps les raisons (professionnelles ou autres) qui les amènent dans l'enfer d'Abidjan. Ici on est en bonne compagnie. Essayez, vous aussi vous serez bluffé !

Deux extraterrestres rencontrés dans l'escalier ...